📦 Présentation du Ketron Event
Le Ketron Event ne cherche pas à séduire par des courbes élégantes ou un design minimaliste, il assume pleinement son statut d’outil de travail professionnel. Avec ses 114 cm de largeur et ses 14,8 kg, on se retrouve face à un instrument relativement imposant. La finition noire mate évoque davantage l’équipement de studio qu’un meuble de salon, et c’est précisément l’intention.
La surface de contrôle ressemble à un cockpit d’avion pour musicien : 15 faders à LED alignés, 8 potentiomètres robustes, des molettes de pitch et modulation solides au toucher. Chaque élément respire la construction pensée pour résister aux tournées et aux manipulations répétées. Les plastiques utilisés ne sont pas du haut de gamme, mais ils dégagent cette solidité rassurante des instruments italiens qui traversent les décennies.
L’écran tactile 7 pouces trône au centre de la console, il est suffisamment grand pour naviguer confortablement mais pas au point de transformer le Ketron Event en tablette géante. La disposition des contrôles suit une logique intuitive. Les faders pour le mixage en temps réel, les potentiomètres pour les effets et paramètres sonores, le tout organisé en zones clairement identifiables. Ketron a visiblement consulté de vrais musiciens de scène avant de positionner chaque bouton.
🎧 Qualité sonore
Le moteur sonore du Ketron Event, c’est un peu comme ouvrir un garde-manger bien garni… on trouve de tout, en quantité généreuse, et avec ce petit quelque chose de méditerranéen dans l’approche. Avec 464 voix déclinées en trois variations chacune, on atteint théoriquement 1392 sons disponibles. Dans la pratique, cette multiplication par trois correspond à des variations dynamiques ou de timbre d’un même son de base, mais l’arsenal reste impressionnant.
Les pianos acoustiques est un test de vérité pour tout clavier arrangeur sérieux. Sur le Ketron Event, on trouve des échantillons de pianos à queue correctement stratifiés, avec une belle résonance et une dynamique convaincante. Ce ne sont pas les pianos les plus organiques que j’ai entendu (un Yamaha CFX ou un Bösendorfer Imperial samplé restent supérieurs en termes de nuances) mais pour un usage sur scène ou en accompagnement d’arrangements, ils font parfaitement le travail. Les pianos électriques vintage (Rhodes, Wurlitzer) sonnent chaleureux et authentiques, avec ce grain légèrement sale qui fait leur charme.
Les sons orchestraux et ethniques révèlent la philosophie du Ketron Event. Les cordes possèdent un vibrato naturel et réagissent bien à l’aftertouch, les cuivres crachent avec conviction, les bois respirent correctement. On sent que ces sons ont été pensés pour s’intégrer dans des arrangements live plutôt que pour des productions studio ultra-léchées. Les 62 kits de batterie plus 580 batteries live offrent une palette percussive exceptionnellement large, du jazz au métal en passant par toutes les musiques du monde.
La polyphonie de 256 voix assure une tranquillité d’esprit totale même dans les arrangements les plus touffus. Impossible de la saturer en usage normal, même en empilant layers, accompagnements automatiques et pistes audio simultanées. Les effets DSP intégrés (réverbération, chorus, flanger, overdrive, distorsion, trémolo, autopan, égaliseur) sonnent professionnels sans être exceptionnels.
Point important : le Ketron Event n’embarque pas de haut-parleurs. C’est un choix assumé pour un instrument de ce calibre, destiné à être branché sur une sono, un système de monitoring ou un casque. Cela permet de gagner en poids et en compacité tout en évitant les compromis des mini-enceintes intégrées. Le Vocalist 3 voix sur l’entrée micro 1 est un atout majeur pour les chanteurs-claviéristes, offrant harmonisation et correction de pitch en temps réel… un luxe rare sur un arrangeur.
🎹 Clavier et toucher
Le clavier 76 touches semi-lesté avec aftertouch du Ketron Event se situe dans cette zone qui divise parfois les puristes : pas assez lourd pour les pianistes classiques exigeants, trop résistant pour certains organistes habitués aux claviers waterfall ultra-légers. Après plusieurs heures de jeu, je dirais que Ketron a visé juste pour son public cible.
La résistance progressive des touches évoque davantage un piano électrique vintage qu’un piano à queue acoustique. Chaque touche oppose une résistance mesurée qui permet de jouer pendant des heures sans fatigue excessive, tout en conservant suffisamment de feedback tactile pour contrôler précisément les nuances. La sensibilité à la vélocité répond de manière prévisible et linéaire… pas de surprises désagréables, pas de zones mortes dans la dynamique.
L’aftertouch est un vrai plus pour l’expressivité. En appuyant sur une touche déjà enfoncée, on peut moduler le vibrato, ouvrir un filtre, augmenter le volume ou contrôler n’importe quel paramètre assignable. Cette fonctionnalité transforme le jeu sur les sons de cordes, de cuivres ou de synthé, ajoutant cette dimension organique qui fait toute la différence entre un jeu mécanique et une vraie interprétation. L’aftertouch demande une pression modérée, ni trop sensible au point de se déclencher par accident, ni trop rigide au point de nécessiter un effort inconfortable.
Le bruit mécanique reste discret sans être totalement silencieux. On entend un léger cliquetis lors des frappes énergiques, mais rien de comparable au vacarme de certains claviers arrangeurs d’entrée de gamme. En concert avec une sono correcte, ce bruit devient totalement inaudible. Les touches en plastique ne possèdent pas de revêtement ivory-feel ou ébène synthétique… on sent clairement qu’on joue sur du plastique, surtout si les doigts transpirent un peu. Un peu de talc et le problème est résolu.
🛠️ Fonctionnalités et connectivité
Le Ketron Event ne plaisante pas avec la connectivité, la face arrière ressemble à un central téléphonique particulièrement bien équipé. Commençons par l’audio : sortie principale stéréo sur deux jacks 6,3 mm, deux sorties auxiliaires stéréo supplémentaires (Aux 1 et Aux 2), sortie casque, entrée ligne stéréo et deux entrées micro (une sur XLR avec le Vocalist 3 voix, une sur jack 6,3 mm). Cette abondance permet des configurations de monitoring complexes ou l’envoi de submixes séparés vers différentes destinations.
Le MIDI traditionnel est présent en force avec In1, In2, Out et Thru… de quoi piloter un parc entier de modules et synthés externes. L’USB to Host permet la connexion à un ordinateur pour l’enregistrement ou le contrôle de logiciels, tandis que les deux ports USB to Device acceptent clés USB et disques durs externes pour le stockage et le chargement de contenus. La sortie HDMI est un vrai plus sur un arrangeur pour afficher l’interface sur un écran externe lors de présentations ou pour améliorer le confort en studio.
Les connexions pour pédales couvrent tous les besoins : sustain, volume et commutateur au pied. On peut contrôler de nombreux paramètres sans lever les mains du clavier et c’est essentiel en live. Le Bluetooth audio permet de streamer de la musique depuis un smartphone ou une tablette, pratique pour jouer par-dessus des backing tracks ou simplement pour écouter des références. La connexion Wi-Fi à l’application Ketron ouvre la porte au contrôle à distance et à la gestion de bibliothèques depuis un appareil mobile.
Le disque SSD de 240 Go (dont 80 Go réservés au système) change la donne par rapport aux arrangeurs traditionnels limités à quelques centaines de mégaoctets. On peut stocker des bibliothèques sonores massives, des multipistes audio complètes, des styles personnalisés en quantité industrielle. La fente pour carte SD accepte jusqu’à 512 Go supplémentaires… de quoi archiver des années de productions et d’enregistrements. Le 1 Go de mémoire d’échantillons utilisateur permet d’importer ses propres sons, mais reste modeste comparé aux capacités de sampling de certains claviers workstations.
Les fonctionnalités d’enregistrement m’impressionne aussi : audio ET MIDI, avec un lecteur audio 5+1 multipistes et deux lecteurs séparés. On peut enregistrer des performances complètes en audio haute qualité, superposer des pistes, créer des arrangements élaborés directement dans l’instrument. Les modes Dual, Layer et Split offrent les combinaisons sonores classiques, tandis que les plus de 400 styles couvrent pratiquement tous les genres musicaux imaginables. Les 15 faders avec indicateurs LED permettent un mixage en temps réel digne d’une petite console, et les 8 potentiomètres donnent accès rapide aux paramètres d’effets et de timbre.
🏠 Utilisation
Sortir un Ketron Event de sa boîte, c’est un peu comme recevoir les clés d’une Ferrari : on sent immédiatement qu’on a affaire à un outil puissant, mais qu’il va falloir prendre le temps d’apprivoiser toute cette technologie. La courbe d’apprentissage n’est pas insurmontable, mais elle existe. Les musiciens habitués aux claviers arrangeurs Ketron ou aux workstations complexes se sentiront rapidement à l’aise. Les plus débutants devront quant à eux investir quelques heures pour maîtriser l’écosystème.
L’écran tactile 7 pouces est le centre névralgique de l’interface. La navigation s’avère logique une fois qu’on a compris l’arborescence des menus : sons, styles, effets, enregistrement, système. Les icônes sont suffisamment grandes pour être touchées précisément, même en plein concert sous l’adrénaline. La réactivité du tactile reste correcte sans être fulgurante et on note parfois un léger délai entre le toucher et l’action, rien de rédhibitoire mais c’est perceptible pour qui vient d’un iPad ou d’une tablette récente.
Les 15 faders lumineux transforment le mixage live en jeu d’enfant. Chaque fader contrôle un élément de l’arrangement (accompagnement, basse, batterie, parties orchestrales) et les LED indiquent visuellement le niveau de chaque piste. Cette approche tactile bat à plates coutures les menus cachés des arrangeurs plus compacts. En concert, on ajuste le mix en temps réel sans quitter la performance des yeux, exactement comme sur une vraie console. Les 8 potentiomètres offrent un accès similaire aux effets et filtres, avec une rotation fluide et précise.
La polyvalence du Ketron Event brille dans différents contextes d’utilisation. Sur scène, c’est une machine de guerre : démarrage rapide, sons immédiatement accessibles, styles qui répondent au quart de tour, stabilité à toute épreuve. En studio, le SSD généreux et les capacités d’enregistrement multipiste en font un vrai clavier workstation, capable de produire des maquettes complètes ou des arrangements élaborés. Pour l’enseignement, les modes Split et Dual permettent des configurations d’apprentissage efficaces, même si le Ketron Event reste un outil intimidant pour des débutants.
🎁 Accessoires
À près de 4700€, on pourrait s’attendre à ce que Ketron inclue généreusement accessoires et périphériques. La réalité est différente. Le Ketron Event est vendu avec son bloc d’alimentation et… c’est tout. Pas de pédale de sustain, pas de housse de protection, pas de stand dédié. Cette approche reflète le positionnement professionnel de l’instrument et Ketron part du principe que les utilisateurs cibles possèdent déjà leur propre écosystème d’accessoires ou sauront exactement ce dont ils ont besoin.
Pour la pédale de sustain, n’importe quel modèle avec connecteur jack 6,3 mm fera l’affaire. Je recommande d’investir dans une pédale de qualité type Yamaha FC3A ou Roland DP-10 plutôt que dans les pédales pas chères à 15€. Le Ketron Event supporte la fonction demi-pédale, donc autant en profiter avec une pédale qui gère cette subtilité.
La pédale de volume se connecte sur son entrée dédiée. Une pédale d’expression robuste comme une Boss FV-500 ou une Roland EV-5 conviendra parfaitement. Certains préféreront une pédale plus compacte pour faciliter le transport, d’autres privilégieront la solidité d’un modèle métallique capable de résister à des années de scène. Le commutateur au pied ouvre des possibilités de contrôle supplémentaires (changements de sons, activation d’effets, déclenchement de séquences).
Pour le transport, un flight case sur mesure devient rapidement indispensable pour ceux qui bouge régulièrement. Les dimensions non-standard (1140 x 365 x 125 mm) nécessitent soit un case custom, soit un modèle ajustable avec mousse découpable. Comptez entre 150€ et 300€ selon la qualité et les options (roulettes, poignées renforcées, compartiments pour câbles).
















